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Europe: pour une clarification des luttes à mener



Il faut combattre énergiquement les privatisations et les démantèlements sociaux, même si ces "réformes" sont présentées comme nécessaires à l'intégration européenne. Et il faudrait refuser cette intégration elle-même si le bilan social et environnemental était négatif.

par Pierre-Yves Maillard, président du parti socialiste lausannois

La question de l'intégration à l'UE est le prototype du piège politique. D'abord, le battage médiatique, le parti pris évident de certains groupes de presse noie ce qui devrait être un débat de fond sous un torrent continu de lieux communs et de propagande grossière. Ensuite, l'UE est susceptible d'évoluer. Ce qu'elle a été, ce à quoi elle a pu servir peuvent, sous l'influence des mobilisation des différentes catégories sociales qui la composent, se modifier radicalement. Ainsi, alors qu'en 1992 nous voyions l'intégration graduelle, via l'EEE, comme un moyen de rendre notre pays plus progressif à terme en matière sociale ou fiscale notamment, les années qui ont suivi ont montré que la construction d'un espace politique européen a surtout servi les intérêts des détenteurs de capitaux, par la marche forcée des libéralisations et des privatisations. Comme l'histoire l'a à chaque fois montré, l'extension de la concurrence et du libéralisme accroissent les inégalités, font exploser le chômage et par ce biais soumettent à nouveau les salarié/es à la précarité et à la pauvreté. Le but de la construction d'une Europe économique et monétaire était de faire pièce au poids hégémonique des États-Unis notamment; or, il est à ce titre piquant de constater que l'un des premiers effets de cette construction consiste à soumettre le secteur décisif des télécommunications aux grandes compagnies ... américaines. Dans ces conditions, au nom même de la défense de l'Europe, il faut combattre le processus d'intégration.

Mais si les mouvements sociaux, dont le poids sur notre continent reste sans égal ailleurs sur la planète, si les victoires électorales de la gauche parlementaire, dont on espère qu'elle aura tiré les leçons de ses compromissions passées, si les pays d'Europe voient à nouveau émerger des pôles politiques de gauche radicaux, alors il n'est pas impossible que la construction de l'Europe serve davantage les intérêts des peuples. Il importe peu pour cela que la gauche soit au gouvernement. Il faut seulement qu'elle soit forte, capable de se mobiliser et de peser sur les opinions.

Si ce scénario a lieu, alors notre pays aurait beaucoup à gagner à l'intégration européenne. Elle pourrait apporter des garanties sociales et fiscales (durée du travail, salaire minimum, transparence bancaire, meilleure imposition des transactions financières spéculatives, etc) que nous souhaitons depuis longtemps. Les milieux dominants en Suisse sont par ailleurs fort capables, vu la faiblesse insigne du PSS et des syndicats faîtiers dans l'affrontement économique, tant sur le plan conceptuel et politique que sur celui de la mobilisation, d'imposer une cure de libéralisme au moyen de la voie solitaire également.

L'élargissement du cadre politique n'est, en soi, ni bon ni mauvais. Si des outils démocratiques centraux se construisent réellement, dans le respect des minorités géographiques et de principe de subsidiarité, alors on peut envisager que l'Europe soit un cadre qui facilite l'émergence d'une politique de gauche progressiste à grande échelle. Après tout, le socialisme est un mouvement internationaliste dont la vocation est de convaincre à une échelle toujours plus large.

Pour l'instant, rien de tout cela n'existe et les espoirs n'en sont encore qu'au stade des douces illusions. Il faut donc combattre énergiquement les privatisations et les démantèlements sociaux, même si ces "réformes" sont présentées comme nécessaires à l'intégration européenne. Et il faudrait refuser cette intégration elle-même si le bilan social et environnemental était négatif. Jamais aucun recul dans ces domaines ne doit être accepté, même si les illusionnistes, les cyniques ou les naïfs veulent nous faire croire qu'un recul momentané peut se transformer à terme en progrès, de même que les licenciements d'aujourd'hui seraient les emplois de demain. Ce conditionnement social et écologique à l'adhésion est à la base des initiatives déposées par le Mouvement né le 7 décembre dont je suis l'un des fondateurs, même si je le regarde évoluer un peu de loin depuis trois ans.

Je crois que, quel que soit le cadre politique, il faut combattre le libéralisme, la conception selon laquelle le principe de concurrence serait la loi naturelle qui régit les rapports entre les êtres humains, de même que l'accumulation des profits et le creusement des inégalités. Et il faut gagner en influence à tous les niveaux et avec tous les moyens démocratiques à disposition pour imposer la redistribution ou la mise en commun des richesses matérielles ou immatérielles produites par tous. Du milieu du XIXème siècle à la fin de la deuxième guerre mondiale, le bilan du développement des États-nations aura été grandement favorable aux bourgeoisies industrielles, qui se sont imposées, quand elles se trouvaient le plus sous la menace des peuples, grâce à la guerre ou aux fascismes. Depuis le début des années 50, les États-nations sont devenus des États-providence qui ont permis, certes seulement à une petite partie de la classe salariée du globe, de vivre la période de prospérité la plus exceptionnelle de l'histoire. Il faut faire revenir cette prospérité, la faire partager à l'ensemble de la planète et la rendre compatible avec le respect de l'environnement. Pour cela il faut souhaiter, sur les enjeux fondamentaux, la construction de structures démocratiques de grande ampleur. Et pour que ces structures se fassent et démultiplient le progrès social, il faut les combats d'aujourd'hui, politiques et sociaux, contre ce que certains appellent "l'Europe de Maastricht", ce qui ne signifie pas se battre contre l'Europe.

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